Lingha systems, une démarche originale tournée vers les personnes

Comment faire entrer les patients dans le soin et améliorer leur prise en charge ? Éléments de réponse avec le Pr Vincent Mallet, co-fondateur et Directeur scientifique de Lingha systems.

Tout est parti d’un simple constat de médecin : chaque jour, j’ai l’impression de ne soigner que les personnes qui me passent sous le nez, mais les autres ? Bon nombre sont en dehors du soin et n’y entreront que lorsqu’elles feront une complication. D’autres sont perdues de vue et reprennent des conduites à risque qui favorisent la progression de leur maladie.

Pourtant, il existe aujourd’hui des technologies de l’information qui permettent de toucher ces personnes pour les sensibiliser à leur pathologie, les faire entrer dans le soin et au final, améliorer leur pronostic. Mais une des problématiques majeures des applications mobiles de santé est leur court cycle de vie : au bout de quelques semaines les gens ne s’en servent plus. Il faut trouver des moyens et des solutions pour faciliter la santé mobile.

En créant Lingha systems, nous sommes partis de zéro, sans a priori, si ce n’est écouter les personnes touchées par une hépatite virale ou le VIH.

De cette écoute et née l’idée d’utiliser le jeu comme levier pour améliorer le parcours de soins.

De fait, le jeu est omniprésent dans notre société, universel et historique depuis la nuit des temps, et toujours maintenant. Le ‘joueur’ n’est pas que cet adolescent à manette devant une console ou une télévision. Il suffit de regarder autour de soi : une grande partie de la population joue : dans les transports, à la pause, le soir... Surtout si on considère les jeux sur mobile avec une dimension sociale.

On joue pour se divertir, on joue pour apprendre, on joue même pour travailler. Pourquoi ne pas jouer pour guérir ?

L’hypothèse en poche, nous avons contacté le Centre de Recherche Interdisciplinaire (CRI), de notre université. Le CRI est un laboratoire de recherche qui regroupe des chercheurs et des étudiants de toute origine, et notamment, le Game Lab où sont imaginés et développés des jeux pour l’enseignement et l’éducation. Et, nous avons créé hackmastartup.

Nous leur avons demandé de nous aider à créer des jeux : des vrais jeux, pas des serious games ou de la simulation numérique. Des jeux avec des ressorts propres, des méthodes addictives, et le plaisir de jouer encore et encore… Il ne s’agit pas de gamifier la santé mais d’intégrer au jeu une démarche santé.

Prenons l’exemple d’un jeune subsaharien chez qui on dépiste une infection par le VIH, prenons celui d’une personne touchée par une hépatite virale, tous deux n’ont jamais ressenti de symptôme. Il va falloir, à partir d’une prise de sang, les convaincre d’entrer et de rester dans les soins, de prendre des traitements, parfois à vie et de modifier certains habitus qui pourraient accélérer la progression de leur maladie. Ce sont ces personnes qu’il faut accompagner… Le jeu représente une opportunité fabuleuse pour les aider.

Le jeu permet aussi d’élargir le cercle et de s’adresser à ceux qui sont aussi aujourd’hui au cœur de l’efficience du soin : les pharmaciens.

Avec hackmastartup, l’ambition était donc de permettre aux patients aidés par des pharmaciens hospitaliers, de créer leurs jeux. Le pharmacien hospitalier est en effet au cœur de l’efficience des traitements. Impliqué de longue date dans l’observance des traitements antiviraux, ces professionnels de santé jalonnent le parcours de soins des personnes concernées par le VIH ou les hépatites. Notre démarche permet également de capter la donnée opérationnelle pour mieux accompagner chaque personne et faire de nouvelles recherches en quête d’amélioration concrètes et efficaces.

Le fruit de la réflexion de Lingha systems est donc d’améliorer la prise en charge des personnes touchées par une maladie chronique. Dans cette première version de hackmastartup nous nous sommes focalisés sur les personnes touchées par l’hépatite C, l’hépatite B et le VIH. Demain, Lingha Systems s’adressera également aux personnes touchées par d’autres maladies comme le cancer ou la greffe d’organe.

Personnellement, je suis convaincu que si j’étais un enfant avec une maladie grave, je préfèrerais jouer pour guérir. C’est probablement vrai pour une large frange de la population ; dans cette première version de hackmastatup, nous avions des “players” de tous âge, avec un doyen de 75 ans...

Hackmastartup est donc une démarche de recherche unique car en concertation avec des patients, des pharmaciens hospitaliers, des gamers, des développeurs, des graphistes… Chacun étant expert en son domaine, à commencer par les patients qui sont experts de leur maladie. Nous avons vécu durant ce weekend, des moments extraordinaires d’échanges de compétences et d’expérience. Avec tous le même objectif, mieux se comprendre pour réaliser un produit efficace et utilisé par le plus grand nombre. A voir les projets et les sourires de chacun, l’aventure ne fait que commencer.

Cela me conforte sur le fait que Lingha systems et ses partenaires sont sur la bonne voie. Les trois programmes complémentaires (Portal, Pharmadherence et RCP 2 .0) de Lingha systems ont pour objectif commun de permettre aux patients de prendre pleinement conscience de leur état de santé, de les faire entrer dans le soin et d’optimiser le parcours de soin pour lutter contre la maladie et les facteurs de risque associés, tout en étant dans une optique de maîtrise des dépenses de santé publique. Portal, la porte d’entrée dans le soin, et Pharmadherence, outil d’adhésion au traitement, tous deux placent le jeu au cœur de l’action ; c’est ce que nous développons avec hackmastartup. Portal et Pharmadhérence s’intègrent à RCP 2.0 qui permet aux médecins de prescrire au plus juste les traitements modernes, notamment ceux à forte intensité capitalistique.

Enfin, je profite de ce post pour remercier ici tous ceux sans qui cette belle aventure n’aurait pas été possible, les pharmaciens universitaires, notamment ceux de l’AP-HP qui ont été enthousiastes – et se sont pris au jeu ;-) –, tous les hackers et graphistes talentueux insomniaques, les patients bien sûr, notamment Mauricette si populaire qu’une des équipes du hackaton portait son nom, le Pr Antoine Tesnière d’iLumens qui nous a hébergé avec enthousiasme, M. Vincent Roger du Game Lab si actif et précieux dans ses conseils, Mme Laure Reinhart de BPI France qui s’est impliquée si activement, le laboratoire Abbvie présent lors de la finale, les soutiens historiques que sont Paris Biotech Santé et l’Université Paris-Descartes, et les Dr Baptiste Roux et Olivier Mangin de Lingha Sytems formidables acteurs et défricheurs.

Merci à tous, continuons à travailler ensemble, à jouer pour guérir, game is on !